Claude BESSMANN

Piano | CNSM de Paris


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Claude Bessmann effectue ses études musicales au Conservatoire de Paris, où elle obtient un premier prix de piano dans la classe de Vlado Perlemuter avec lequel elle travaille l'œuvre complète de Maurice Ravel. Elle remporte la médaille d'or au concours international de Vercelli en Italie, puis est lauréate au concours international Georges Enesco à Bucarest. Le répertoire de Claude Bessmann s'étend de l'époque romantique à la période contemporaine. Elle consacre une part importante de ses activités pianistiques au travail avec les chanteurs. Lors d'une série de concerts, en Roumanie et en Allemagne, son interprétation, en soliste ou en récital, est saluée par la critique.

Elle est sollicitée pour une tournée en Amérique latine, où elle interprète l'œuvre complète de Maurice Ravel pour piano.

Claude Bessmann est maintenant régulièrement invitée, tant en France qu'à l'étranger, pour sa remarquable interprétation de la Sonate en Si mineur de Liszt dans laquelle elle s'y livre corps et âme.



Enseignante confirmée et passionnée, Claude Bessmann est professeur de piano complémentaire pour chanteurs au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris. Elle explique sa philosophie de l'enseignement et de l'apprentissage musical dans un article sur son propre professeur, Vlado Perlemuter :

" Il n'enseignait pas – au sens commun du terme. Mais lorsque l'échange, la réciprocité s'installaient pendant le cours (il y avait les nôtres, mais aussi ceux des autres élèves : nous commencions très tôt dans l'après-midi et finissions très tard le soir), il s'animait, s'emportait, et le vrai travail technique sur l'œuvre pouvait alors commencer.

Il nous a amenés à comprendre et, mieux encore, à sentir qu'il y a un premier temps qui est celui de la lecture rigoureuse et quasi objective du contenu expressif de l'œuvre à travers les signes (accents, nuances, phrasé), qui enrichissent la note elle-même. Et puis, insensiblement, nous allons avoir le privilège de vivre avec lui ce précieux deuxième temps – que nous devrions tous convoiter pour nous-mêmes aujourd'hui : être témoins de l'acte de création chez l'interprète.

Il ne cherchait pas devant nous la bonne mesure, mais la pulsation interne de la phrase. Il ne cherchait pas une nuance séduisante pour tel passage, mais son rapport authentique à celui-ci. Nous avons su avec Vlado Perlemuter que l'indicible n'intervenait qu'au prix de l'inlassable questionnement sur le texte et de notre relation transférentielle à ce même texte.

Enfin, il n'est pas possible de parler de Vlado Perlemuter sans parler de Maurice Ravel et sans citer la pensée du philosophe Vladimir Jankélévitch sur « l'expression a contrario ». Et lorsque Vlado Perlemuter jouait le thème du premier mouvement de la Sonatine de Ravel, j'entendais immédiatement cette litote expressive qui appartient à la fois au compositeur et à son interprète privilégié, et que je résumerais ainsi : l'éloquence, la tension dite dans la retenue et la pudeur.

Et je conclurai en citant à nouveau Vladimir Jankélévitch, son ami, son alter ego qui, dans son livre La Musique et l'ineffable , dit : « La musique a un sens ou n'a pas de sens. »

Avec Vlado Perlemuter, nous avons eu la chance d'éprouver ce douloureux sentiment en l'écoutant, en le regardant chercher pour lui, pour nous, tâtonner, mais toujours avancer.

Il y a longtemps, dans une interview à la télévision, j'ai dit que je ne voyais pas la nécessité de continuer à donner des récitals et à être une interprète si c'est pour jouer (comme) les autres, alors que la plus haute des ambitions est de jouer (comme) soi.

Arrivée aujourd'hui à la maturité dans ma vie de pianiste, je sais que l'interprétation est créatrice.

Créatrice dans un deuxième temps, le premier étant la composition en elle-même – l'œuvre re-jouée, ré-éclairée de façon unique. Mais pour cela, le chemin est long et semé de questionnement car il impose la lecture la plus rigoureuse de l'œuvre et l'élucidation tout aussi sérieuse de la relation émotionnelle à l'œuvre.

Vladimir Jankélévitch dit : « Le bouleversement est un mouvement de retour sur soi, et non vers l'extérieur. »

Platon dit en parlant de la musique : « Elle s'empare de nous énergiquement. »

Je ne peux accorder un sens à mon travail d'interprète que dans cet éclairage. "